Migration Cuba/États-Unis: La Colombie accélère les formalités migratoires

  • Published in Cuba
  • Hits: 1056
EmbajadaDepuis les mesures unilatérales prises par le gouvernement des États-Unis, les services consulaires de ce pays réservés aux Cubains ont subi de grandes modifications.

À La Havane, le flux de personnes est inhabituel au consulat colombien, qui maintient l'ordre devant ses portes et travaille à accélérer le processus d'octroi des visas.
 
Vers le milieu de l'année dernière, Regla a reçu le premier appel. « Votre dossier est en cours de traitement et vous recevrez rapidement votre date de rendez-vous », lui déclara une voix entrecoupée et métallique. Elle avait attendu tellement longtemps la nouvelle que, lorsqu'elle raccrocha, elle était convaincue qu’il s’agissait d’une « blague » d'un ami.
 
Le deuxième appel lui parvint des États-Unis. Sa fille lui confirma qu'elle avait reçu les documents de réunification familiale et que l'entrevue était prévue pour le 11 octobre 2017. Regla était loin de sa fille depuis cinq ans et elle n'avait pas pu connaître son premier petit-fils.
 
Pourtant, elle n’aurait jamais l’occasion de franchir les grilles noires, rongées par le salpêtre, qui gardent l'ambassade des États-Unis d'Amérique en face du Malecon [boulevard de front de mer] de La Havane.
 
En septembre, durant l'ouragan Irma, la mer avait pénétré jusqu’à la rue Linea et inondé tout le rez-de-chaussée de l’immeuble, si bien que le consulat annonça l'annulation des rendez-vous.
 
Mais la véritable tempête, celle qui allait frapper le plus durement Regla et des milliers d'autres familles cubaines, couvait à Washington.
 
En août, on apprit que le Département d'État avait demandé le départ de deux diplomates cubains de Washington en représailles d'incidents présumés contre son personnel à La Havane. Ce fut le début d'une saga avec tous les ressorts d'un film de science-fiction.
 
L'agence Associated Press commença à parler d' « attaques acoustiques » contre les fonctionnaires étasuniens, mais presque en même temps les spécialistes en la matière remettaient en question le fait que le son aurait pu expliquer la variété des symptômes décrits, ce qui défiaient les lois de la physique et de la logique. L'hypothèse n'avait ni queue ni tête, mais elle continua et continue d'occuper les gros titres.
 
Cuba réagit immédiatement, nia toute implication et se montra prête à coopérer aux enquêtes.
 
Malgré la complexité de l'affaire et le manque de preuves quant à l'origine ou à la motivation possible des incidents allégués, l'administration du président Donald Trump s'empressa de prendre une série de mesures unilatérales qui paralysèrent le fonctionnement de son ambassade à La Havane.
 
Elle ordonna le retour de la plupart des fonctionnaires, à l'exception du responsable des fonctions essentielles, et la délivrance des visas fut suspendue. En même temps, elle exigea le départ de 15 autres fonctionnaires cubains du siège de Washington, ce qui eut des répercussions sur son fonctionnement.
 
La situation en arriva pratiquement au point où elle en était avant 1977, quand il n'y avait pas même de Bureaux d'intérêt entre les deux pays.
 
Les personnes en attente de rendez-vous ont été laissées dans la plus grande incertitude. « Pourquoi cela doit-il m'arriver à moi », se demandait Regla tous les jours au bord du désespoir.
Si ce n’était par le drapeau tricolore dans le jardin, peu de gens pourraient identifier le consulat colombien dans le quartier de Miramar. Du moins, c’était ainsi jusqu'au début de cette année.
 
À la suite de l'annulation de la plupart de ses services, l'ambassade des États-Unis a annoncé qu'elle traiterait les demandes de visas d'immigrant déposées par les Cubains par l’intermédiaire de son ambassade en Colombie, l'une des plus importantes en Amérique latine. Les visas de non-immigrants, comme les voyages touristiques ou les échanges universitaires, pourraient être sollicités auprès de n'importe quel siège diplomatique étasunien dans le monde. Entre-temps, celle du Mexique s’occuperait d'autres services par courrier postal.
 
Les accords migratoires signés entre les deux pays stipulent que les États-Unis n’accorderont pas moins de 20 000 visas par an aux Cubains désireux de vivre dans ce pays. Ces dernières années, cet accord avait été respecté.
 
La plupart des visas de migrants sont accordés dans le cadre de la réunification familiale. Pour l'obtenir, il faut en général passer par un processus long et compliqué.
 
Mais désormais, les personnes intéressées sont obligées de demander un rendez-vous pour une entrevue auprès de la contrepartie étasunienne (ce qui prend généralement des années), d’obtenir un visa accordé par la Colombie pour se rendre dans ce pays, s’y déplacer et se loger plusieurs jours pour assister au rendez-vous programmé. Tout cela sans aucune garantie d’attribution de visa.
 
« Le premier jour, ils étaient 500 et le lendemain 400 », se souvient l'un des gardiens du consulat colombien. « Ils ne sont plus aussi nombreux qu'au début. »
 
Mardi dernier, il pleuvait lorsque le jour s’est levé. Moins d'une quarantaine de personnes étaient rassemblées, en ordre, dans l’attente qu’on les fasse pénétrer dans le consulat, où un salon classique des demeures de Miramar donne accès aux trois bureaux où se déroulent les formalités.
 
« Auparavant, il n'y avait même pas de rendez-vous », a déclaré à Granma l’un des responsables colombiens. « Maintenant, nous avons mis en place un système qui donne la priorité aux personnes dont les dates des entrevues sont les plus proches. »
Lundi, le consul a terminé de travailler à 23 heures, après s’être occupé de toutes les demandes. La moyenne quotidienne est d'environ 200 personnes, alors qu’auparavant, il n’y en avait pas plus de 30 ou 40. Ils ont eu la confirmation de Bogota que des renforts vont leur être envoyés.
***
Mais le principal problème à l'heure actuelle est le manque d'orientation et d'information. Beaucoup de ceux qui arrivent n'ont même pas de rendez-vous programmé, mais se présentent pour s'informer de la nouvelle procédure.
 
Les spécialistes colombiens ont été submergés par des questions qui n'ont rien à voir avec leurs fonctions. L'afflux d'appels et de courriels à l'ambassade est énorme et il leur est impossible de répondre à tout le monde.
 
« Notre travail consiste à délivrer les visas pour la Colombie », expliquent-ils. Les formalités que vous devez accomplir à Bogota dépendent exclusivement des États-Unis et des conditions établies par leur ambassade.
 
Il en va de même pour ceux qui doivent se soumettre à des examens médicaux, une exigence pour des cas déterminés qui auparavant s’effectuait à Cuba, mais qui, maintenant, doit être réalisée dans des établissements désignés par les États-Unis dans la capitale colombienne.
 
Pour ce qui les concerne, les diplomates colombiens doivent respecter la procédure standard d'octroi de visas.
Le visa est accordé pour une durée maximale d'un mois et ne peut être prolongé. Les demandeurs doivent passer par un processus de contrôle préalable, qui coûte 40 euros (pour s'assurer que tous les papiers soient en règle) et les démarches consulaires s’élèvent à 131 euros, soit un total de 171 euros.
 
La moyenne d'acceptation des visas « est assez élevée », pour autant que les demandeurs remplissent toutes les conditions, ont affirmé à ce journal les sources du consulat.
 
Certains diplomates colombiens ont pris conscience de la dimension humaine de la situation à laquelle ils sont confrontés : des mères qui attendent leurs enfants ou leurs frères dont elles ont été séparées depuis des années.
 
« On ne peut pas leur demander plus, ils ont fait un effort énorme », a déclaré Regla à l'extérieur du consulat, où elle attendait qu'ils lui remettent le visa après avoir été approuvée.
 
« Mon entrevue à Bogota est pour le 19 janvier, je pars demain. »
 
Sa fille l'attendait à Bogota. « Merci, la Colombie », s’exclame-t-elle les bras ouverts, parvenant à tirer quelques rires dans la file d'attente. À 11h, alors que le ciel était dégagé après la pluie, elle avait déjà raconté son histoire à cinq reprises pour aiguiller les personnes qui venaient d’arriver devant le consulat.
 
« Tout ça, ça coûte quatre fois plus cher », affirme l'une d'elles. D'autres faisaient des commentaires sur les précautions à prendre avec la tension artérielle à Bogota, qui se trouve à 2600 mètres d'altitude, et posaient des questions sur la sécurité et les prix des hôtels.
 
Personne ne semblait comprendre quel était l'objectif de rendre plus difficiles les formalités qui touchent de près les familles et si peu la politique. « Mais c’est comme ça ! », dit l'un d'entre eux au bout de la file, alors que soudain le silence se fit, car les appels de noms avaient repris depuis le consulat colombien.
 
CONDITIONS D'OCTROI DU VISA COLOMBIEN :
D'après les informations fournies à Granma par le consulat colombien à Cuba, telles sont les principales conditions requises pour demander le visa de ce pays :
 
LETTRE DE RENDEZ-VOUS
En général, une lettre d'invitation d'un Colombien est requise pour demander un visa en Colombie (cette condition est exigée par la Colombie. En effet, ce que l’on connaissait comme la « lettre d'invitation » a été supprimée en 2013 des procédures d'immigration cubaine). Dans le cas des personnes qui se rendent aux entrevues pour obtenir un visa des États-Unis, cette lettre est remplacée par ce même rendez-vous donné par le gouvernement des États-Unis.
 
SOLVABILITÉ ÉCONOMIQUE
Pour être approuvée et obtenir un visa pour la Colombie, la personne doit prouver qu'elle dispose des moyens financiers pour ce faire. L'ambassade de Colombie à La Havane exige que cette personne, ou la personne qui la prend en charge, prouve qu'elle dispose d’un minimum de 2 000 dollars sur un compte bancaire aux États-Unis, à Cuba ou en Colombie. Le montant a été calculé en additionnant le coût du billet d'avion, le séjour à l'hôtel pour les jours autorisés, la maintenance et le coût des formalités.
 
PASSEPORT ET RÉSERVATIONS
Les autorités consulaires colombiennes exigent également que le demandeur ait réservé un hébergement à Bogota et un billet d'avion au moins pour le voyage aller en Colombie. /Granma

Ajouter un Commentaire