/   ISSN 1607-6389
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Viengsay Valdés: bouleversante dans Giselle

BNC.jpgTout amateur de ballet conviendra qu’à l’heure actuelle un danseur étoile du Ballet national de Cuba (BNC) figure sans conteste parmi les meilleurs danseurs. En effet, cette compagnie peut afficher sa fierté de compter une troupe à la qualité artistique et la technique exceptionnelle.

Pour les danseuses du BNC, un nom magique dans l'histoire universelle de la danse s’est inscrit comme un défi et un exemple : Alicia Alonso. C’est à partir de son enseignement que les ballerines doivent créer leur propre Giselle, Carmen, Odette-Odile.

Les amoureux de la compagnie et nos lecteurs savent que la grande diva cubaine a réussi à faire du ballet une véritable source d’enchantement pour le public, et pour ce qui est de Giselle, le ballet romantique par excellence, dans la version d’Alicia, à lui conserver toute sa vitalité. Toutes les premières danseuses l’ont dansé, et bien sûr, rêvent de le danser.

Cette année, la compagnie a déjà offert une saison de Giselle, le ballet qui, avec Le lac des Cygnes, est le plus prisé et réclamé par le public et les ballerines, car il est considéré comme le signe que la danseuse a atteint le sommet de sa carrière. Le BNC aujourd'hui peut être fier de compter pas moins de quatre danseuses étoiles capables d’interpréter ce rôle : Sadaise Arencibia, Anette Delgado, Gretel Morejon et Viengsay Valdés.

Rappelons que la première représentation de Giselle eut lieu en 1841. Un ballet sur un livret de Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges, à partir du mythe allemand des willis, décrit dans le recueil d'Heinrich Heine, intitulé De l'Allemagne, et avec une musique d’Adolphe Adam et une chorégraphie de Jules Perrot pour son épouse, l’exceptionnelle Carlota Grissi.

Chef-d'œuvre du romantisme, avec sa légende et son mystère, Giselle continue d’enchanter public et artistes, indifférents au passage du temps, car une technique impressionnante ne suffit pas pour incarner ce rôle, dont les principaux défis se trouvent dans l’interprétation et le style.

La danseuse étoile Viengsay Valdés a prouvé lors de la représentation de Giselle, le 19 février, qu’elle possédait à merveille ces deux qualités. Rien d'étonnant à cela puisqu’elle est considérée par les critiques les plus prestigieux du monde comme l’une des quatre meilleures danseuses du moment. Il suffit de la voir sur scène : l'harmonie de sa danse, l'impétuosité de son lyrisme, sa technique épurée et infaillible, l’élégance de son style, ses balancés interminables (la critique Sarah Kaufman écrivait dans le Washington Post : « Lorsqu’elle effectue un balancé, elle arrête le temps »), ses éblouissantes arabesques, et son sens parfait de l'interprétation.

Elle a cependant quelque chose de plus. En cette époque de danseurs étoiles à la technique parfaite, la passion qui émane de Viengsay dans chacun de ses rôles est ce qui séduit le plus le public de La Havane, bien sûr, mais aussi de Paris, Madrid, Londres, Tokyo, Washington, Amsterdam, Berlin, Budapest, et du monde entier.

Elle était Giselle sur la scène de la salle Garcia Lorca du Grand Théâtre de La Havane Alicia Alonso, où elle a offert une représentation unique, élégante, superbe et impressionnante de précision.

Viengsay est passée de l'innocence de la jeune paysanne (avec une diagonale à couper le souffle), au cœur brisé et à la folie contenue d’un premier acte plein de charme, au dénouement émouvant, durant le second acte, magique, où elle fut tout simplement subtile et sublime, « si fragile qu’elle semblait un verre de cristal sur le point de se briser », devait déclarer le cinéaste Enrique Pineda Barnet, à la fin de la représentation.

Il convient d'ajouter que le corps de ballet fut réellement extraordinaire et que le soliste Patricio Revé, qui faisait ses débuts comme Albretch, fut un partenaire attentif, même s’il lui a manqué quelques répétitions.

Viengsay a eu la gentillesse d'offrir quelques commentaires pour nos lecteurs à la veille de s’envoler pour l’un des innombrables galas auxquels elle est invitée, et le début d'une tournée au Salvador (31 mars-1er avril) et au Costa Rica (25 et 26 mars) avec la compagnie : « Pour moi, Giselle a toujours été un défi, car c’est l'un des grands ballets classiques qui consacre une danseuse étoile. Ce n’est pas le simple fait de débuter dans ce rôle, mais que l’on gagne en expérience chaque fois qu’on le danse. Je me suis nourrie directement des grands étoiles, depuis Alicia et Fernando Alonso, Josefina Mendez (qui m'a préparée pour ce rôle et m’a donné de nombreux détails artistiques).

« À cette occasion, j’ai eu la chance de compter sur la maître de ballet Aurora Bosch pour les répétitions, avec un complément spécial : l'aide et la collaboration du cinéaste Enrique Pineda Barnet pour le jeu dramatique, a été un élément important pour la performance du jeune danseur Patricio Revé dans Albrecht ».

L'orchestre n’était-il pas un peu lent ? « Je dois admettre que oui, le temps musical a été lent, surtout dans mes variations, mais avec le recours à la technique, le contrôle de la gravitation propre au personnage, je pense m’en être sortie avec brio ».

La danseuse étoile a annoncé que cette saison Giselle fera également partie de la tournée du BNC en Espagne et en France, du mois de mai prochain à juillet. « Il est clair que danser Giselle à Paris revêt toute une signification, car c’est dans cette ville et pour ce ballet que le BNC a reçu le Grand prix de la ville pendant le Festival de danse en 1966, et notre version a été bien reçue et largement saluée ».

Avez-vous un gala prévu avec le Ballet étasunien Brooklyn Mack ? « J’ai été invitée en tant qu'artiste spéciale pour observer les performances et les cours aux élèves qui participent au gala demi-finale de la Youth America Grand Prix régional, à Salt Lake City, et j’aurai l'occasion de partager mes expériences en tant que danseuse professionnelle de ballet avec les jeunes participants.

« Par ailleurs, c’est aussi un grand plaisir de danser à la demande des organisateurs de l'événement, avec le premier danseur étasunien Brooklyn Mack, dans le pas de deux Diane et Actéon, que nous avons étrenné au 24e Festival de Ballet de La Havane. J’avais déjà été invitée auparavant, aux galas à New York en 2011 et en 2013 ».

Giselle est une œuvre d'art qui ne cesse de nous émouvoir. La première danseuse cubaine, Viengsay Valdés, avec sa technique, son art et son charisme, a conquis sa place au sein de cette pléiade d’étoiles qui maintiennent vivante cette belle et majestueuse pièce du romantisme. /Cubarte


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