/   ISSN 1607-6389
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Nouvelles révélations sur l’attentat à la bombe dans un avion de Cubana de Aviacion le 6 octobre 1976 au large de la Barbade

Barbados_2.jpgQuelques mois plus tôt, le 22 juin 1976, la CIA eut la connaissance anticipée des plans visant à détruire en vol des avions civils cubains, comme le révéla un document de cette agence étasunienne, daté et distribué ce jour-là… mais Cuba ne fut pas informée.

L'injustice tremble toujours !

En juin 1976, un groupe de terroristes d'origine cubaine, représentant des organisations extrémistes basées aux États-Unis, se donna rendez-vous à Bonao, en République dominicaine. Le coordonnateur de cette rencontre était le criminel Orlando Bosch Avila, à l’époque fugitif recherché par la justice des États-Unis pour avoir violé sa liberté conditionnelle après avoir été jugé pour plusieurs crimes, y compris l'extorsion contre des émigrés cubains par le biais de méthodes terroristes.

Le but de la réunion était de coordonner les actions futures contre des représentations cubaines, leur personnel, ainsi que les intérêts des pays qui, malgré les pressions, maintenaient des relations avec le gouvernement cubain. Deux réunions avaient eu lieu, l’une qui aboutit à la création de la Coordination des organisations révolutionnaires unies, CORU, une alliance terroriste, et d’une autre pour planifier plus d’une vingtaine d’actes terroristes qui devaient être exécutés dans les plus brefs délais.

Tous les présents avaient signé, à l'exception des membres du groupe fasciste Mouvement nationaliste cubain (MNC), qui alléguèrent qu'ils avaient une action en cours, ordonnée par la Direction nationale du renseignement du Chili, (DINA), qui n'était rien d’autre, comme on le sut plus tard, que l’assassinat de l'ancien ambassadeur chilien à Washington, Orlando Letelier del Solar, perpétré le 21 septembre 1976.

L’avis émis par Joe D. Whitley, procureur général, au procès d'admission aux États-Unis de Bosch Avila, daté du 23 janvier 1989, confirme sa participation à l’attentat contre l'avion cubain, lorsqu’il conclut : « Bosch, alors qu'il se trouvait hors des États-Unis, fonda et dirigea la Coordination des organisations révolutionnaires unies (CORU), une organisation terroriste anticastriste qui a dû accepter sa responsabilité dans de nombreuses explosions à Miami, New York, Venezuela, Panama, Mexique, Argentine et ailleurs. (1)

« En octobre 1976, Bosch a été arrêté au Venezuela pour l'explosion d'un avion de la compagnie aérienne civile cubaine, le 6 octobre 1976, qui entraîna la mort de 73 hommes, femmes et enfants. Bien que détenu au Venezuela pendant 11 ans pour des accusations résultant de cet incident, il a finalement été libéré. Lors de son procès, des preuves ont été présentées selon lesquelles les deux hommes reconnus coupables d'homicide dans l’affaire de l'explosion étaient en contact avec Bosch avant et après l'événement. »

Le rapport judiciaire ajoutait : « À la suite de sa libération, le 17 mai 1988, Bosch a été arrêté par le Service de l'immigration et de la naturalisation (SIN). À l’époque, le directeur de district du SIN à Miami avait remis à Bosch un avis d'expulsion temporaire, affirmant qu'il était expulsable des États-Unis parce que : “Il y avait des raisons de croire qu'il chercherait à entrer aux États-Unis seulement, principalement ou incidemment pour s’associer à des activités préjudiciables à l'intérêt public” ».

Par ailleurs : « Qu’il est ou a été un étranger qui préconise ou enseigne, ou a été membre d'une organisation partisan de la nécessité ou la pertinence d'attaquer ou de tuer des fonctionnaires d'un gouvernement quelconque, outre la blessure ou la destruction de biens et l’exécution de sabotages. »

« Il existe des bases raisonnables pour croire que, probablement, dès son entrée, il se mêlerait à des activités qui seraient interdites par les lois des États-Unis, concernant l'espionnage, le sabotage, le désordre public ou d'autres activités subversives par rapport à l'intérêt national. » En outre, l'avis indiquait que Bosch était également expulsable au motif qu'il avait été condamné pour un « crime à la bassesse morale, plutôt que pour un simple délit politique ».

Que se passa-t-il ensuite ? Orlando Bosch (2) fut gracié par le président George H. W. Bush, contrairement à l'avis du Département de la Justice et à celui du procureur général. Il faut savoir qu’à l’époque, lorsque l'avion de Cubana de Aviacion explosa en plein vol, le 6 octobre 1976, Bush, qui devint président des États-Unis, dirigeait la CIA .

On sait désormais, après des années d’enquête, que le terroriste international d’origine cubaine Pablo Gustavo Castillo Diaz (3), alias « El Cojo », l'un des auteurs matériels de l’assassinat du technicien cubain Artaigñan Diaz Diaz, au Mexique, le 23 juillet 1976 – qui se réfugia ensuite au Venezuela –, avait étudié les routes aériennes de Cubana de Aviacion dans les Caraïbes et choisi l’avion qui fut la cible de l’attentat.

On a également découvert que le 11 octobre 1976, lors de l’arrestation d’Orlando Bosch à Caracas, il était accompagné par Castillo, l’homme qui avait fabriqué les bombes qui seraient placées plus tard dans l'avion cubain par les mercenaires vénézuéliens Freddy Lugo et Hernan Ricardo Lozano.

Il avait utilisé l'explosif et les détonateurs que lui avait fournis un expert en explosifs de la DISIP en échange d'un parachute appartenant au terroriste anti-cubain Rolando Otero Hernandez, qui se faisait appeler « Condor », à la solde de Luis Posada Carriles au sein de l'Opération Condor, dirigée par la Direction nationale du renseignement du Chili.

BARBADOS_VV.jpgLa CIA, toujours présente lorsqu’il est question de complots pour assassiner ou détruire, apparaît comme coupable dans ses propres documents, qui confirment qu’elle connaissait d’avance les plans ourdis pour faire exploser l'avion cubain, et qu’elle n’avait rien fait pour l'en empêcher, pas même pas transmettre un simple avertissement opportun aux autorités cubaines.

Un document secret de la CIA, déclassifié et daté du 13 octobre 1976 avec l'annotation « Terrain No. 7514 », identifiait la source comme « un ancien fonctionnaire du gouvernement vénézuélien, qui est habituellement un informateur fiable » et mettait en garde : « Cette information ne doit être discutée avec aucun fonctionnaire étranger, y compris ceux du gouvernement vénézuélien. »

Le texte sur les plans d’attentats contre l’avion signalait : « Bosch a fait la déclaration : " maintenant que notre organisation a achevé le travail Letelier avec une bonne présence, nous allons tenter autre chose". Le rapport ajoute : « Quelques jours plus tard lors d'un repas pour collecter des fonds, on a entendu Posada dire : "nous allons attaquer un avion cubain" et "Orlando a les détails" ».

Après la destruction de l'avion cubain, Luis Posada Carriles suggéra de faire sortir le terroriste Orlando Bosch du Venezuela, si bien que le 9 octobre, celui-ci passa en territoire colombien.

Auparavant, le 22 juin 1976, la CIA eut la connaissance anticipée des plans visant à détruire en vol des avions civils cubains, comme le révéla le document de cette agence étasunienne, daté et distribué ce jour-là, et qui signalait : « Rapport classé secret, sensible, sources et méthodes de renseignement impliquées. Ne pas divulguer à des ressortissants étrangers. À ne pas distribuer à des agents ou des consultants sous contrat ». Et de poursuivre : « Un homme d'affaires étroitement lié à la communauté des exilés cubains. Habituellement, c’est un informateur fiable. Il a révélé qu'un groupe extrémiste de Cubains exilés, dont Orlando Bosch est le leader, prévoit de poser une bombe dans un vol de la compagnie aérienne Cubana de Aviacion qui effectue la liaison entre le Panama et La Havane.

Les plans originaux pour cette opération indiquaient que deux bombes seraient placées sur le vol du 21 juin 1976, numéro 467, qui devait décoller de Panama à 11h15, heure locale » (4).

Des copies de ce document furent envoyées au Département d'État, au Service de renseignement de l’Armée, à l'Armée, à la Marine, aux Forces aériennes, au FBI et à la CIA, mais pas au gouvernement cubain, qui ne fut pas informé. Ce document précisait même que deux bombes seraient posées, comme cela se produisit plus tard à la Barbade ; il mentionnait le criminel Orlando Bosch comme responsable du crime, que la cible serait un avion civil de la compagnie aérienne Cubana de Aviacion. Toutes ces informations précises furent connues par la CIA quatre mois avant le 6 octobre, lorsque 73 personnes périrent au cours de l’attentat, dont 57 Cubains.

On sait qu’il n'y a rien de caché entre ciel et terre, que tout est secret jusqu’au jour où …

On connaîtra de nouvelles révélations sur cet horrible crime, perpétré voilà 41 ans. Entre-temps, les coupables vivent impunis aux États-Unis sous la protection des autorités.

* Chercheur au Centre de recherches historiques de la Sécurité de l’État

1. Document archivé au ministère public des États-Unis sous le numéro A28 851 622

2. Le criminel Orlando Bosch Avila est mort impuni à Miami.

3. Ce terroriste est mort impuni à Miami.

4. Plus d'informations sur ce sujet dans le livre Cielo amenazado (Menace dans le ciel) de l'auteur.

/Granma


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