L'avenir s'écrit dans les salles de classe
- Écrit par Jorge Enrique Jerez Belisario
- Published in Cuba
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Dès les derniers jours d’août, la maison – comme tous les foyers cubains – se transforme. Il ne s’agit ni d’un déménagement ni d’une rénovation : c’est une révolution qui se répète chaque année avec la ponctualité d’un calendrier qui ne s’arrête devant rien. Septembre arrive et, avec lui, l’un des événements les plus importants de l’année pour les familles cubaines : la rentrée scolaire. Et même si le contexte est difficile, la fête du savoir revient dans nos écoles.
Les jours qui précèdent sont consacrés à remettre en état les uniformes, à chercher des couvertures pour les cahiers et les livres, des crayons, des crayons de couleur, indispensables pour compléter le matériel que notre système éducatif, frappé par les mêmes pénuries que d’autres secteurs, garantira à chaque enfant.
Ces jours-ci, il s’agit aussi de retrouver la discipline nécessaire à une nouvelle année scolaire. Que les enfants se couchent tôt, qu’ils préparent leur sac à dos, qu’ils taillent leurs crayons, qu’ils rangent tout pour cet événement qui implique toute la famille. Car la rentrée ne concerne pas seulement les plus petits de la maison ; elle concerne aussi la grand-mère qui repasse l’uniforme, le père qui emmène l’enfant se faire couper les cheveux, la mère qui prépare le goûter. C’est un acte collectif qui nous rappelle que l’éducation n’est pas une affaire individuelle, mais un acquis de tous.
Les enfants de la maison, malgré leurs différences d’âge, parlent de ce qu’ils vont apprendre à partir de ce 1er septembre. L’aîné sait qu’en CM2, les matières se compliquent un peu plus et qu’il faut donc redoubler d’efforts dans ses études. La cadette – comme elle se qualifie elle-même, puisqu’elle est la deuxième d’une fratrie de trois – retourne à son « circulo » (jardin d’enfants) pour jouer avec ses petits camarades de classe et pour apprendre aussi, car dans ces joyaux cubains que sont les « circulos », on apprend aussi beaucoup en jouant. Elle sait que l’année prochaine, il faudra lui faire tailler un uniforme, car elle sera alors à l’école maternelle. Et la plus petite, qui n’a encore que quelques mois, participe elle ausi et se tient mieux ; elle ne comprend pas ce qui se passe, mais elle sent qu’un grand événement est sur le point d’arriver.
La magie de septembre est unique. Les enfants en uniforme reviennent dans nos rues, la fête du savoir revient, et la rentrée scolaire compte parmi les jours les plus mémorables de l’année, car elle nous redonne espoir, elle nous rappelle que, malgré tout, l’avenir s’écrit dans les salles de classe.
Ce n’est pas un hasard si Fidel, à l’occasion de son centenaire, reste une présence vivante dans ce retour à l’école. Il a toujours su que sans éducation, aucune révolution n’était possible. Il l’a dit avec la clarté de celui qui comprenait que l’âme d’un pays se forge sur les bancs de l’école.
Commencer une nouvelle année scolaire est un acte de rébellion. En tant que pays soumis à un siège total, qui se traduit notamment par des restrictions sur le carburant nécessaire au transport des élèves et des enseignants, mais aussi pour chaque famille qui doit subvenir aux besoins de ses enfants en chaussures, cartables et goûters.
C’est ne pas se rendre et ne pas renoncer au développement éducatif des enfants, des adolescents et des jeunes. C’est affirmer que l’avenir de nos enfants vaut tous les sacrifices. Et c’est aussi un hommage à nos enseignants, qui, malgré les difficultés que rencontre l’ensemble de la population, se lèvent chaque matin pour accueillir nos enfants dans les salles de classe et les aider à grandir.
Il y a, dans la simplicité d’un uniforme plus ou moins repassé, dans l’éclat naturel d’un sac à dos chargé de livres, un reflet profond de la société que nous construisons. Ce n’est pas un geste anodin : c’est la certitude que, quels que soient les obstacles qui se dressent sur notre chemin, il y a des choses auxquelles nous ne renonçons pas. L’éducation de nos enfants en fait partie.
Une fois de plus, septembre nous trouve avec le sac à dos prêt, mais aussi avec la sagesse familiale nécessaire pour continuer à surmonter les épreuves car, dans la Cuba d’aujourd’hui, la rentrée scolaire est plus qu’un simple événement scolaire : c’est un acte de foi en l’avenir.
À partir d’aujourd’hui, la maison, pendant quelques heures, retrouve le silence. Mais c’est un silence plein d’espoir, celui que l’on n’entend que lorsque l’on sait que, quoi qu’il arrive, nos enfants sont à leur place : à l’école, en train d’apprendre. (Source : Granma)